Les membres d’Ecolo Estaimpuis ont dernièrement élu leurs nouveaux coprésidents pour les six années à venir… Pour vous, “Éclats de Verts” est parti à leur rencontre. C’est d’ailleurs en plein cœur du « village des sabotiers » qu’ils nous ont fixé rendez-vous…  Il faut dire que ce village leur tient à cœur. Tatiana Stellian y vivant depuis ses neuf ans et Thierry Graulich y ayant élu domicile voici un peu plus de 20 ans… Entre parcours professionnel, passions, souhaits pour le futur, nous vous invitons à mieux les connaître …

Tatiana, si tu étais …

Éclats de Verts : Tatiana, si tu étais toi …

Tatiana Stellian : Je ne changerais rien à ma vie car on apprend toujours, que ce soit de ses réussites ou de ses erreurs. Et je suis parfaitement épanouie dans mes actuelles professions qui me permettent de m’engager pour mes valeurs. J’ai un mi-temps de co-coordinatrice et de chargée d’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire au sein d’une association de solidarité internationale qui travaille sur la protection de l’environnement, et en particulier de l’Amazonie, et la lutte pour la défense des droits des populations indigènes. Ce mi-temps me permet de garder un lien fort avec un continent, l’Amérique du sud, et un pays en particulier, le Pérou, qui me tiennent à cœur. Ce lien vient de mes études en histoire de l’art et archéologie de l’Amérique précolombienne qui m’ont donné l’opportunité d’y vivre un certain temps dans le cadre de mon doctorat. C’est là, que j’ai compris, que je n’étais pas faite pour la recherche, que je voulais défendre des valeurs qui me sont chères et lutter pour un monde plus durable que cela soit au niveau social, économique ou environnementale. J’ai à présent depuis le 3 décembre un autre mi-temps. Je collabore avec les échevins Ecolo fraichement élus à la ville de Tournai.

EdV : Si tu étais des passions…

TS : Là, il y en a beaucoup. Ceux qui me connaissent, le savent, je suis une véritable passionnée et quand je m’engage, c’est à fond… J’ai une très grande passion pour le sport que je pratique depuis toute petite et en particulier pour la course de demi-fond. Je suis inscrite à la JSMC, un club qui me tient fort à cœur, une vraie famille. J’aime le voyage et particulièrement sous sa forme « sac à dos-randonnée-bivouac ». J’ai déjà fait plusieurs randonnées de ce type. La dernière m’a permis de parcourir le Liechtenstein dans son ensemble. Ce mode de voyage lent permet non seulement de se ressourcer en pleine nature, de se retrouver avec soi-même mais aussi de rencontrer les locaux. L’an prochain, j’ai prévu une semaine de vélo en Espagne. J’aime également le jardinage, faire des choses de mes mains et apprendre sans cesse de nouvelles choses.

EdV : Si tu étais Ecolo…

TS : Depuis toute petite, je suis sensible à la protection de l’environnement. En quatrième primaire, alors que tout le monde réalisait un exposé sur un animal présentant son alimentation, son mode de reproduction, etc., je présentais l’eau, son cycle et l’importance de la préserver. Durant mon adolescence, je parlais avec mes amies des problèmes environnementaux et des inégalités sociales. Je me souviens d’une amie qui m’avait dit, au moment où j’allais voter pour la première fois, qu’il n’y avait pas de doute sur le fait que je voterais Ecolo. Comme je considère que le vote est une grande responsabilité, j’ai lu les programmes de tous les partis afin de déterminer celui auquel j’adhérais. Ce fut effectivement Ecolo. En avril de cette année, des représentants de la locale m’ont invitée à rejoindre la liste pour les élections communales. J’ai accepté et je me suis très vite plu au sein du groupe. Nous travaillons ensemble, Chacun à son mot à dire. Tout se fait sur le mode de la bienveillance, toujours positif et constructif. De plus, mon engagement au sein d’Ecolo complète mon engagement au niveau personnel (je pratique notamment le zéro déchet) et professionnel (à ce moment-là, j’étais seulement active dans le milieu associatif). Un engagement au niveau politique me permettait donc d’agir à divers niveaux qui sont complémentaires pour pouvoir changer les choses.

EdV : Si tu étais un engagement…

TS : Depuis toute petite, je suis particulièrement sensible à l’environnement. Mon engagement en la matière se poursuit… Je suis aussi particulièrement sensible à l’agriculture et l’alimentation durables. L’alimentation saine est un droit fondamental qui n’est pas respecté. Que ce soit en Belgique ou ailleurs, la sécurité et la souveraineté alimentaires ne sont pas garanties. Il faut les défendre. Et pour cela, il faut collaborer avec les agriculteurs qui souffrent également des atteintes à notre sécurité et notre souveraineté alimentaires. Les agriculteurs nourrissent la planète. On l’oublie trop souvent. Il est plus que temps de revaloriser leur métier et leur rôle qui va au-delà de l’alimentation puisqu’ils sont un maillon important de la biodiversité. Il n’est pas normal qu’un agriculteur ne puisse pas vivre de sa production et soit sous-payé pour permettre aux multinationales et aux supermarchés de s’en mettre plein les poches.

EdV : Si tu étais Estaimpuis…

TS : Je serais plus verte, plus rurale. Nous devons préserver les terres agricoles de notre commune. Il faut cesser de bétonner le territoire. Le béton n’absorbe pas les pluies, ne fournit pas de nourriture aux êtres humains et aux animaux, ni d’habitat pour ces derniers. Il ne favorise pas la biodiversité. Et puis le vert parsemé des couleurs des fleurs, c’est tellement plus beau que le gris. Je serais zéro déchet parce que le zéro déchet ce n’est pas seulement réduire sa production de déchets, c’est aussi redécouvrir les produits locaux, réapprendre à se nourrir sainement et avec plaisir mais aussi à faire soi-même certains produits tout en partageant du temps avec ses proches. Petit à petit, en commençant par ce qui nous semble plus facile, nous pouvons tous y parvenir. Je serais aussi plus conviviale. Il est primordial de resserrer les liens entre les citoyens. Dans notre monde actuel, pris dans un rythme infernal, sans cesse sollicité par les sonneries de nos smartphones et autres outils, nous oublions trop souvent de regarder et parler avec les personnes qui vivent près de nous. Pourtant, aller à la rencontre de l’autre, profiter de l’instant présent avec lui permet un apprentissage sur soi-même mais aussi un épanouissement et une solidarité. Le monde est fait d’une somme d’individus mais il ne peut fonctionner que si nous collaborons tous ensemble.

Retour au pays pour Thierry …

Éclats de Verts : Thierry, on te connaît bien à Mouscron. Moins à Estaimpuis ? Même si le look a un peu changé, ton visage n’est pas méconnu des Estaimpuisiens…

Thierry Graulich : ….  (Rire) Oui… Avec mon épouse et nos trois garçons, nous cherchions un lieu où nous «réfugier». La cité des Hurlus était devenue un trop grand village pour nous …

ÉdV : Coup de cœur pour Evregnies …

TGr : Vraiment… Quelques vieilles pierres, des maisons relookées, une école réanimée, malheureusement des commerces boudés… Et puis… Son église… Saint-Vaast est magnifique. Elle défie l’oubli. Son clocher, quotidiennement, vient nous réveiller et invite à ne pas oublier le passé… J’adore les habitants du village des sabotiers… D’abord méfiants, les anciens sont, aujourd’hui, nos parents. Ils sont tellement accueillants ! Oui…. Evregnies, depuis 22 ans déjà, c’est notre village d’adoption.

ÉdV : Ton parcours professionnel se développe principalement dans le milieu associatif…

TGr : Se développait… J’ai enseigné pendant une quinzaine d’années. Principalement au Collège de Mouscron. Avant de travailler pendant presque dix ans pour Action Damien. Combattre la lèpre et la tuberculose avec les permanents et volontaires de cette ONG m’a permis de découvrir d’autres cultures en Afrique et en Asie. Ça a bouleversé pas mal de choses dans ma vie… J’ai ensuite été responsable de la communication et de l’information dans le monde des médias. Et là, je suis revenu au pays après quatre années passées en Ardenne à la direction d’un centre qui dépend du secteur jeunesse de la Fédération Wallonie Bruxelles (FWB). Nous y formions les jeunes à la citoyenneté. Aujourd’hui, ils n’ont plus besoin de moi pour avancer alors j’ai revu mes priorités…

ÉdV : Retour au pays et, à 52 ans, tu te lances dans la politique…

TGr : Je crois en avoir toujours fait. Sauf que, lorsque vous dirigez des projets que vous souhaitez développer, notamment au sein de la FWB, il vaut mieux être discret. Et puis, dans l’éducation que j’ai reçue, très catho aussi, il n’était pas bon d’afficher sa couleur… On ne faisait pas de politique. Point à la ligne. Alors que… J’aimais charrier un collègue enseignant qui aimait dire que « Tout acte est politique, économique social et culturel ! ». Cette phrase m’a fait réfléchir. Et puis, en voyant la montée de l’extrême droite, avec mes collègues du Centre de Rencontres et d’Hébergement, nous avons développé ce concept de « Classes citoyennes »… Il invite les jeunes à prendre leurs responsabilités. Nous les sensibilisions sur l’importance du vote et la lutte contre toutes formes d’extrémismes… À Estaimpuis, pour le moment, nous sommes encore épargnés. Quelle chance de pouvoir collaborer entre partis démocratiques! 

ÉdV :: Éducation très catho dis-tu ?

TG : Oui… (sourire). Nous étions quatre enfants. Aucun reproche aux parents qui nous ont partagé de belles valeurs. La religion prenait une place importante. Nous étions très impliqués en paroisse. Notamment dans les mouvements de jeunesse et groupes vocaux. Je me suis même impliqué professionnellement dans le milieu. Je l’ai « infiltré » pour mieux comprendre le décalage avec la société et tenter de faire bouger les choses. Finalement, ce sont des montagnes à soulever… Face aux changements, beaucoup préfèrent préserver leur confort personnel plutôt que de penser à l’avenir… Comme pour la religion musulmane, la religion chrétienne est une belle religion… Mais je n’aime pas ce que l’Homme en fait… Il m’a fallu du temps pour comprendre les incohérences… Faites ce que je dis! Pas ce que je fais! Aujourd’hui, sur ce monde-là, j’ai fait une croix…

ÉdV : Certains imaginaient que, si tu t’engageais, ce serait au CDH…

TGr : J’y ai de nombreuses connaissances et amis que je respecte et qui font de l’excellent boulot. Mais ce que j’ai encore vu dans la région ces dernières semaines (à Pecq et à Mouscron), me réconforte dans mon choix. Et puis, ce que les partis traditionnels ne comprennent pas, c’est que nous ne sommes pas dans une période de crise… Une crise de 30 ans, ça n’existe pas ! Notre société est constamment en mutation… Avant, c’était les anciens qui disaient aux jeunes comment faire… Aujourd’hui, ce sont les jeunes qui expliquent aux profs comment fonctionne son tableau tactile. La question n’est plus « Quelle planète allons-nous laisser à nos enfants ? »… Ma génération a tout saccagé. Mais « Quels enfants allons-nous laisser à la planète ? ». C’est triste à dire, mais aucun parti ne s’est vraiment intéressé à l’éducation… Si, avant les campagnes électorales… Et aujourd’hui, le CDH essaie de bouger avec le pacte. Aucun autre parti qu’Ecolo ne s’est intéressé à la question de l’environnement. Au contraire, ceux qui clament – à juste titre – qu’Ecolo n’a pas le monopole sont les mêmes qui leur riaient plein nez il y a trente ans. Se moquant même de « ces illuminés qui faisaient royalement ch… » . Aujourd’hui, ils sont pris de cours et se bornent à reprendre les idées sans qu’il n’y ait un seul débat d’idées.

ÉdV : Tu dis aussi que ce qui t’a motivé à accepter l’invitation des Verts, c’est l’implication et la réaction des jeunes…

TGr : Clairement. Après avoir motivé des jeunes à prendre leurs responsabilités, je les ai vu réagir et se mettre à dénoncer l’égoïsme des adultes. Ils réclament un changement radical des habitudes de vie. En pensant alors à mes enfants et petits-enfants que je ne connais pas encore, je ne pouvais plus rester inactif. J’ai alors accepté de m’engager en m’assurant de la fidélité des “anciens” au sein de l’équipe. Parce que pour savoir où tu vas, il faut savoir d’où tu viens… 

ÉdV : Comment comptes-tu t’y prendre, à Estaimpuis, face à une gouvernance indétrônable…

TGr : D’abord, et c’est ce que j’apprécie chez Ecolo et que je n’ai pas forcément retrouvé ailleurs, c’est qu’il s’agit d’un véritable travail d’équipe où chacun se respecte. Si la co-présidence nous met aujourd’hui un peu dans les feux des projecteurs, Tatiana et moi retournerons très rapidement bosser dans l’ombre. Ensuite, je ne m’engage pas pour m’attaquer à une personne. Tout le monde ne sera pas forcément d’accord avec moi, mais je ne suis pas là non plus pour « aller chercher » des voix à tout prix. Tant mieux si les citoyens nous accordent leur confiance. Et tant mieux aussi si nous pouvons faire de l’éducation permanente. La collaboration, même dans l’opposition, peut être constructive et positive… J’aimerais que nous ne passions pas notre temps avec le doigt sur la gâchette… C’est pour ça que, Tatiana et moi, nous proposerons de rencontrer les responsables des autres partis démocratiques de l’entité.

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