Un nouvel espace commercial à Estaimpuis

Avec le recul du projet Cora, un autre projet commercial avance lentement mais sûrement. Son nom : Abli. Son objectif : la construction, à cheval sur les communes d’Estaimpuis et de Mouscron, de 17 unités commerciales (19.522 m²) et de 2 surfaces dédiées à la restauration. Faut-il s’en féliciter ?

Publié le mercredi 28 décembre 2011

La Région Wallonne avait d’abord refusé l’implantation d’Abli parce que le projet allait provoquer, ajouté au méga-centre commercial Cora, une affluence de véhicules ingérable pour la voirie existante. Les circonstances ayant changé, on peut s’attendre à la mise en route du chantier pour bientôt. Trop longtemps inoccupée, la surface disponible dans le zoning de Quevaucamps à Evregnies sera ainsi complétée entre la route E511 et la E512, la rue de la Couronne et la rue de la Maison Blanche. On peut se réjouir (surtout l’IEG !) de voir une terre jusqu’ici en friches prendre sens grâce à un projet qui procurera de l’emploi, un peu comme ce qui existe à Froyennes, à moins de 10km d’Estaimpuis.

Etait-ce la meilleure chose à faire ?

D’abord, la zone initialement affectée à l’accueil d’entreprises se voit détournée de son objectif. Tout cela à cause d’un projet pharaonique qui ne verra, heureusement, pas le jour. Si le but était de créer de l’emploi stable, durable et de qualité, c’est un échec. Actuellement, quoi de plus précaire et inconfortable que l’emploi dans la distribution ? Créer de l’emploi est une priorité, mais pas n’importe quel emploi. Et qui occupera les cellules mises en location ? Cela reste « secret »… Mais il y a fort à parier pour que le promoteur immobilier ait calculé un retour sur investissement favorable sans que la totalité des surfaces soit occupée.

Ensuite, privilégier ce type de surfaces commerciales, c’est obliger des déplacements supplémentaires en voiture (en heure de pointe du vendredi soir et du samedi matin, ce sont respectivement 411 véhicules par heure et 560 véhicules par heure supplémentaires qui sont attendus). C’est aller à l’encontre du développement du commerce de proximité, un créneau que commencent à choisir de plus en plus de distributeurs. Au moment où se déplacer coûte de plus en plus cher, est-ce la meilleure perspective ?

De plus, si l’on est honnête, il faut reconnaître que la multiplication des surfaces commerciales n’est pas globalement créatrice d’emplois. S’il n’y a pas d’augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs, il n’y a que déplacement d’emplois : ceux créés ici correspondent à des suppressions ailleurs. Et si la surface commerciale ne répond pas aux objectifs fixés par la chaîne, elle sera supprimée sans état d’âme, ainsi que les emplois attachés. Il suffit de voir ce qui se passe dans d’autres zonings commerciaux. Enfin, donner aux citoyens l’occasion de dépenser davantage, c’est forcer la (sur)consommation, voire susciter l’endettement et faire tourner une machine économique sur elle-même, de manière absurde : j’achète, je jette, je rachète. Si on veut le bonheur de ses concitoyens (c’est une des vocations fondamentales du politique), c’est une erreur de favoriser l’idée qu’il peut s’obtenir par l’acquisition de biens de consommation. C’est vers une autre façon d’envisager la croissance du bien-être pour tous qu’il faut se diriger si l’on veut affronter les défis de demain : dépenser mieux, ne pas renouveler du matériel sans nécessité, réfléchir ses déplacements... On est loin du compte.

Encouragé par les majorités communales de Mouscron et d’Estaimpuis, ce projet va tout-à-fait à l’encontre de la philosophie du développement durable. Une preuve de plus que dans la bouche de certains, le développement durable n’est rien d’autre qu’un gadget de marketing politique.