Il y a quelques mois, les membres de la locale Ecolo Estaimpuis ont appris le déménagement de Tatiana Stellian… L’Evregnienne ayant pris la direction de la capitale, il fallait donc élire une nouvelle coprésidente pour les quatre années à venir.  Nous l’avons déjà annoncé, c’est Delphine POQUET qui assure désormais la coprésidence avec Thierry GRAULICH. Delphine qui vient d’ailleurs été élue administratrice de la S.C.R.L. « Les Heures Claires », la Société de Logements de service public agréée par la Société Wallonne du Logement. Pour vous, « Éclats de Verts » est parti à sa rencontre. Entre parcours professionnel, passions, souhaits pour le futur, nous vous invitons à mieux connaître la coprésidente d’Ecolo Estaimpuis …

Delphine, si tu étais …

Éclats de Verts : Delphine, si tu étais toi …

Delphine Poquet : Si j’étais moi? Je le suis ! Heureuse d’être la maman de mon fils âgée de 11 ans et la femme de mon mari. Certes, nous n’avons pas les mêmes convictions politiques… Mais, petit à petit, nos points de vue se rejoignent et/ou se complètent. La preuve, il y a plus de dix ans, je suis parvenue à lui faire quitter la France pour faire grandir notre famille en Belgique, pays dans lequel je pense que notre fils aura un avenir meilleur. Ensemble, il y a un an, nous avons fait le choix de quitter le milieu urbain pour la campagne néchinoise. Déjà engagée auprès de la locale de Mouscron, on m’a orientée vers Thierry pour poursuivre les actions sur l’entité d’Estaimpuis. 

EdV : Pourquoi Ecolo ?…

DP : Après 10 ans de résidence en Belgique, la commune de Mouscron m’a informé de mon droit de vote en Belgique pour les élections communales de 2018. Mon fils m’a alors incité à m’inscrire car il avait repéré un candidat… Simon Varasse dont l’affiche était placardée sur le parking de son école. Curieuse, je me suis rapprochée du groupe Ecolo Mouscron via Facebook. J’ai bénéficié de l’action « Qu’est-ce qu’on sème ? » et j’ai ainsi reçu mon premier flyers écolo. Le slogan « #créonsdemain » a fait résonnance en moi de même que les mots « biodiversité », « nourrir sainement » et « notre santé ». Je me suis ensuite proposée pour aider durant les élections… J’ai donc été témoin dans un bureau de vote. Je suis devenu membre écolo en début d’année 2019… Ce qui m’a permis de pouvoir voter pour nos représentants dans les différentes instances. Pour les élections législatives fédérales belges de 2019, avec Fred Maes, nous avons assisté au dépouillement. Cela a permis à Fred de m’expliquer le fonctionnement des votes en Belgique qui s’avèrent très différent de la France. Année après année, j’apprécie les ambitions des verts belges qui se rapprochent d’une société plus démocratique et plus solidaire en mon sens. De plus, je suis satisfaite qu’ils participent à une coalition avec sept parties pour ces cinq prochaines années.

EdV : Si tu étais un engagement…

DP :  Ce serait la lutte contre toutes les discriminations. Petite, mes parents m’ont enseigné la tolérance en acceptant l’autre tel qu’il est. Ancienne bénévole à l’association SOS Homophobie qui agit au quotidien contre les LGBT-phobie, j’ai eu l’occasion de sensibiliser des classes au sein des collèges et lycées à toutes les formes de discrimination et notamment le sexisme. Cette expérience auprès de jeunes adultes m’a permis de me rendre compte que les clichés sur la gente féminine restent ancrées dans notre société. Mais, en engageant un dialogue, il est possible de faire évoluer les mentalités. Je pense qu’il est plus que nécessaire de s’engager dans la lutte de toute discrimination au vue des flux migratoires qui s’annoncent suite aux différents changements climatiques et face aux commentaires honteux que l’on peut lire lorsque des femmes s’exposent publiquement tel. Je pense notamment à Margaux De Ré ou Cécile Djunga.

EdV : Si tu étais un engagement…

DP : Depuis toute petite, je suis particulièrement sensible à l’environnement. Mon engagement en la matière se poursuit… Je suis aussi particulièrement sensible à l’agriculture et l’alimentation durables. L’alimentation saine est un droit fondamental qui n’est pas respecté. Que ce soit en Belgique ou ailleurs, la sécurité et la souveraineté alimentaires ne sont pas garanties. Il faut les défendre. Et pour cela, il faut collaborer avec les agriculteurs qui souffrent également des atteintes à notre sécurité et notre souveraineté alimentaires. Les agriculteurs nourrissent la planète. On l’oublie trop souvent. Il est plus que temps de revaloriser leur métier et leur rôle qui va au-delà de l’alimentation puisqu’ils sont un maillon important de la biodiversité. Il n’est pas normal qu’un agriculteur ne puisse pas vivre de sa production et soit sous-payé pour permettre aux multinationales et aux supermarchés de s’en mettre plein les poches.

EdV : Si tu étais Estaimpuis…

DP : je ferai en sorte de préserver mon cadre de vie. Je préserverai le monde agricole qui nous nourrit en promouvant les produits locaux, mais aussi en favorisant l’élevage et la culture en mode « développement durable ». Pour y parvenir, il ne serait plus question de détruire des terres agricoles pour les remplacer par du béton. Je préserverai également les monuments témoins de notre histoire tels que les fermes au carré, le collège de la salle, le château de la Royère et tous les sentiers qui réunissent les différents villages de l’entité. Je serai enfin plus solidaire en mettant en place un système d’échanges locaux. Parce qu’échanger des services, des objets et des savoirs au niveau local permettra de resserrer les liens entre les générations tout en brisant la solitude de chacun.

 

Retour au pays pour Thierry …

Éclats de Verts : Thierry, on te connaît bien à Mouscron. Moins à Estaimpuis ? Même si le look a un peu changé, ton visage n’est pas méconnu des Estaimpuisiens…

Thierry Graulich : ….  (Rire) Oui… Avec mon épouse et nos trois garçons, nous cherchions un lieu où nous «réfugier». La cité des Hurlus était devenue un trop grand village pour nous …

ÉdV : Coup de cœur pour Evregnies …

TGr : Vraiment… Quelques vieilles pierres, des maisons relookées, une école réanimée, malheureusement des commerces boudés… Et puis… Son église… Saint-Vaast est magnifique. Elle défie l’oubli. Son clocher, quotidiennement, vient nous réveiller et invite à ne pas oublier le passé… J’adore les habitants du village des sabotiers… D’abord méfiants, les anciens sont, aujourd’hui, nos parents. Ils sont tellement accueillants ! Oui…. Evregnies, depuis 22 ans déjà, c’est notre village d’adoption.

ÉdV : Ton parcours professionnel se développe principalement dans le milieu associatif…

TGr : Se développait… J’ai enseigné pendant une quinzaine d’années. Principalement au Collège de Mouscron. Avant de travailler pendant presque dix ans pour Action Damien. Combattre la lèpre et la tuberculose avec les permanents et volontaires de cette ONG m’a permis de découvrir d’autres cultures en Afrique et en Asie. Ça a bouleversé pas mal de choses dans ma vie… J’ai ensuite été responsable de la communication et de l’information dans le monde des médias. Et là, je suis revenu au pays après quatre années passées en Ardenne à la direction d’un centre qui dépend du secteur jeunesse de la Fédération Wallonie Bruxelles (FWB). Nous y formions les jeunes à la citoyenneté. Aujourd’hui, ils n’ont plus besoin de moi pour avancer alors j’ai revu mes priorités…

ÉdV : Retour au pays et, à 52 ans, tu te lances dans la politique…

TGr : Je crois en avoir toujours fait. Sauf que, lorsque vous dirigez des projets que vous souhaitez développer, notamment au sein de la FWB, il vaut mieux être discret. Et puis, dans l’éducation que j’ai reçue, très catho aussi, il n’était pas bon d’afficher sa couleur… On ne faisait pas de politique. Point à la ligne. Alors que… J’aimais charrier un collègue enseignant qui aimait dire que « Tout acte est politique, économique social et culturel ! ». Cette phrase m’a fait réfléchir. Et puis, en voyant la montée de l’extrême droite, avec mes collègues du Centre de Rencontres et d’Hébergement, nous avons développé ce concept de « Classes citoyennes »… Il invite les jeunes à prendre leurs responsabilités. Nous les sensibilisions sur l’importance du vote et la lutte contre toutes formes d’extrémismes… À Estaimpuis, pour le moment, nous sommes encore épargnés. Quelle chance de pouvoir collaborer entre partis démocratiques! 

ÉdV :: Éducation très catho dis-tu ?

TG : Oui… (sourire). Nous étions quatre enfants. Aucun reproche aux parents qui nous ont partagé de belles valeurs. La religion prenait une place importante. Nous étions très impliqués en paroisse. Notamment dans les mouvements de jeunesse et groupes vocaux. Je me suis même impliqué professionnellement dans le milieu. Je l’ai « infiltré » pour mieux comprendre le décalage avec la société et tenter de faire bouger les choses. Finalement, ce sont des montagnes à soulever… Face aux changements, beaucoup préfèrent préserver leur confort personnel plutôt que de penser à l’avenir… Comme pour la religion musulmane, la religion chrétienne est une belle religion… Mais je n’aime pas ce que l’Homme en fait… Il m’a fallu du temps pour comprendre les incohérences… Faites ce que je dis! Pas ce que je fais! Aujourd’hui, sur ce monde-là, j’ai fait une croix…

ÉdV : Certains imaginaient que, si tu t’engageais, ce serait au CDH…

TGr : J’y ai de nombreuses connaissances et amis que je respecte et qui font de l’excellent boulot. Mais ce que j’ai encore vu dans la région ces dernières semaines (à Pecq et à Mouscron), me réconforte dans mon choix. Et puis, ce que les partis traditionnels ne comprennent pas, c’est que nous ne sommes pas dans une période de crise… Une crise de 30 ans, ça n’existe pas ! Notre société est constamment en mutation… Avant, c’était les anciens qui disaient aux jeunes comment faire… Aujourd’hui, ce sont les jeunes qui expliquent aux profs comment fonctionne son tableau tactile. La question n’est plus « Quelle planète allons-nous laisser à nos enfants ? »… Ma génération a tout saccagé. Mais « Quels enfants allons-nous laisser à la planète ? ». C’est triste à dire, mais aucun parti ne s’est vraiment intéressé à l’éducation… Si, avant les campagnes électorales… Et aujourd’hui, le CDH essaie de bouger avec le pacte. Aucun autre parti qu’Ecolo ne s’est intéressé à la question de l’environnement. Au contraire, ceux qui clament – à juste titre – qu’Ecolo n’a pas le monopole sont les mêmes qui leur riaient plein nez il y a trente ans. Se moquant même de « ces illuminés qui faisaient royalement ch… » . Aujourd’hui, ils sont pris de cours et se bornent à reprendre les idées sans qu’il n’y ait un seul débat d’idées.

ÉdV : Tu dis aussi que ce qui t’a motivé à accepter l’invitation des Verts, c’est l’implication et la réaction des jeunes…

TGr : Clairement. Après avoir motivé des jeunes à prendre leurs responsabilités, je les ai vu réagir et se mettre à dénoncer l’égoïsme des adultes. Ils réclament un changement radical des habitudes de vie. En pensant alors à mes enfants et petits-enfants que je ne connais pas encore, je ne pouvais plus rester inactif. J’ai alors accepté de m’engager en m’assurant de la fidélité des « anciens » au sein de l’équipe. Parce que pour savoir où tu vas, il faut savoir d’où tu viens… 

ÉdV : Comment comptes-tu t’y prendre, à Estaimpuis, face à une gouvernance indétrônable…

TGr : D’abord, et c’est ce que j’apprécie chez Ecolo et que je n’ai pas forcément retrouvé ailleurs, c’est qu’il s’agit d’un véritable travail d’équipe où chacun se respecte. Si la co-présidence nous met aujourd’hui un peu dans les feux des projecteurs, Tatiana et moi retournerons très rapidement bosser dans l’ombre. Ensuite, je ne m’engage pas pour m’attaquer à une personne. Tout le monde ne sera pas forcément d’accord avec moi, mais je ne suis pas là non plus pour « aller chercher » des voix à tout prix. Tant mieux si les citoyens nous accordent leur confiance. Et tant mieux aussi si nous pouvons faire de l’éducation permanente. La collaboration, même dans l’opposition, peut être constructive et positive… J’aimerais que nous ne passions pas notre temps avec le doigt sur la gâchette… C’est pour ça que, Tatiana et moi, nous proposerons de rencontrer les responsables des autres partis démocratiques de l’entité.

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